Hein, quoi? Keskispasse? Des bruits, des gens qui parlent... Ah oui, Fitz Roy, trek, Argentine.
Je me retourne, prends mon portable qui me sert de réveil. Je l'allume... Je l'allume... Putain tu vas t'allumer! Et ben non, plus de batteries! Merde, non, je me suis pas réveillé! Non, je cherche ma frontale dans la tente, je sors, me prend un pied dans une sardine. Quelle heure il peut être? Aucune idée, j'ai pas de montre.
Là, je passe en mode survie : je vide mon sac, prends ma bouffe de ptit dej, mon rechaud, des piles... non je les trouve pas... tant pis. Connard de portable, il est hs je crois. Je pars presque en courant dans la nuit noire, sur un chemin que je connais pas, avec une frontale qui éclaire à 20 cms et le bide désepérément vide. Tu la sens l'aventure là? Ouai tu la sens bien. La rivière, un pont, merde, faut traverser. Ca va, je suis pas tombé. Bon finalement, je m'arrête pour remplir ma gourde, trouver les piles qui étaient bien dans le sac, charger la frontale et repartir aussi vite.
Cette fois, les conditions sont ok, j'ai plus d'excuses. Il me reste plus qu'à affronter les 500 m de dénivelées sur 3 kms pour accéder au fameux point de vue. J'en chie bien correctement pour boucler le tout en 45 minutes au lieu du double préconisé. J'arrive fumant en haut, pile poil à temps pour installer mon réchaud, relancer un instant nescafé et attendre le sunrise.
J'ai pas de chance, le ciel est hyper nuageux ce matin mais le spectacle est quand même incroyable. Je mitraille les photos jusqu'à épuisement de batteries. En tout, je passe environ 2 h sur le haut de la montagne qui permet d'avoir les deux vues : Fitz Roy d'un côté et vallée d'El Chalten de l'autre.
Je suis pas tout seul, il y a une vingtaine de randonneurs avec moi mais je veux être tout seul : je descend vers le lago de los tres du côté du Fitz Roy, me fait une petite balade sur les gros rochers autour du lac. Quand je suis vraiment tout seul, apres avoir bien escaladé, je reviens à la raison : Vincent, c'est pas bien, t'es tout seul, tu peux tomber dans le lac et le lac, il est froid. Je reviens vers le reste des touristes, me prend les pieds dans le sac de couchage d'un mec en train de dormir au bord du lac, oui, c'est bien ça à 1200 m d'altitude, à la belle étoile. Il a du se dire, tiens, si jme couchais par là, sur les galets, non plutot là, ça a l'air confort, entre deux icebergs, les pieds dans l'eau, la tête dans le sable.
Chacun ses choix...
Je redescend rapidos vers le campement et me fait une petite sieste pas faussement meritée. La suite est classique : démontage de la tente et retour vers Chalten. Là, je prends carrément mon temps : je m'arrête pour bouquiner sur le bord du chemin. Au bout de quelques minutes, je lève les yeux : a 500 m environ, un condor fait des huits autour d'un pic. J'hallucine (c'est hyper rare de les voir comme ça), choppe mes jumelles et déguste le spectacle. Malheureusement pour moi, il ne s'approchera pas plus mais son envergure est déjà incroyable avec les jumelles. J'apprendrai plus tard qu'ils ont des nids dans la région mais que j'ai été chanceux d'en voir un : ils fuient les touristes autant que possible. Cette fois, j'aurais aimé avoir un zoom plus puissant sur l'appareil photo, tant pis...
Sur la descente, je retombe sur Serge qui m'accompagne au resto. Lui repart le lendemain matin pour Calafate. Il me raconte ses histoires de fou au Pakistan, Afghanistan, Inde et Népal. "l'Argentine, c'est les vacances" à côté de ça. Oui, c'est vrai qu'ici tout est facile et hyper sécurisant. On verra si c'est le cas pour toute la suite du voyage...
Retour à la tente. J'ai changé de camping entre temps. 12 pesos la nuit mais je suis seul, enfin, sans bruit. Je m'endors facilement.
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